Conseil régional du Limousin

Intervention de Jean-Jacques Bélézy, Président du groupe Démocrate, lors de la séance plénière du Conseil Régional du Limousin, le 23 juin 2009.

Monsieur le Président, chers collègues

Nous attendions le lancement d’un grand débat sur la réforme territoriale, nous n’avons récolté qu’une parade dans le très fort symbole monarchique de Versailles. Une liste d’incantation sur des politiques hésitantes, rien ou pas grand chose sur les sujets qui nous inquiètent, encore une fois les annonces tapageuses ne sont pas suivies d’effet, le Président de la République a parlé.

Notre assemblées pourra examiner ses stratégies sans l’inquiétude de savoir si elle aura la responsabilité de les appliquer, les hommes et femmes auront peut être changé mais l’institution n’est plus menacée, apparemment.

Nous démocrates, nous n’avons pas été associés à l’élaboration de tous ces schémas stratégiques, mais nous avons déjà donné quelques avis lors de commissions ou de séances précédentes. J’ai relevé d’ailleurs que vous en aviez retenu certains, je vous en remercie.

Nous avons toujours dit que notre position n’était pas de participer à une opposition systématique, nous sommes des élus de proposition cherchant à enrichir les dossiers présentés, à susciter des réflexions avec le point de vue que nous représentons, soucieux de pragmatisme et d’objectivité. Pour nous le Limousin est notre terre, riche de toutes ses histoires, construite dans son relief pénalisant, qui doit constamment s’évaluer par rapport à tous ses horizons pour améliorer son attractivité, favoriser sa créativité et ajuster ses solidarités.

J’ai relevé encore une fois dans les analyses écrites une tendance à l’autosatisfaction que je trouve exagérée, reconnaître des faiblesses pour travailler à les corriger ce n’est pas une flagellation, c’est un signe de regard lucide. Je ne connais pas de secteur où nous sommes sûrs de faire mieux que quiconque, je milite pour une certaine modestie et pour regarder avec attention le monde qui bouge sans cesse autour de nous, qui affiche beaucoup de propositions nouvelles et dans lequel nous devons chercher à prendre la meilleure place.

Il y a une carte à jouer dans le « small is beautiful » , celle de l’humanisme, de la souplesse d’adaptation, du sur mesure. On connaît l’adage qui dit qu’en période de crise ce sont les gros qui souffrent le plus. La période est vraiment à la mobilisation de la matière grise et des énergies pour conserver notre vitalité même si elle paraît faible. C’est en période de crise que les hommes deviennent intelligents, nous avons la nécessité de le prouver.

Deux grands thèmes se dégagent des débats de cette journée :

  • la politique territoriale
  • l’environnement

Deux thèmes qui ont d’ailleurs des liens forts entre eux.

La politique territoriale à la fois dans l’actualité nationale et dans la stratégie locale.

Au niveau national, la politique territoriale, ce sont plusieurs questions posées :

- bien entendu la grande réforme du Président de la République qui a ouvert le chantier des structures administratives des collectivités. Nous croyons sincèrement que l’organisation doit être simplifiée, que dans l’empilement actuel les demi-niveaux sont excessifs et que comme dans un immeuble dans lequel on aurait entassé un peu trop de tiroirs d’archivage, il convient de rationaliser l’aménagement des espaces pour que les visiteurs puissent comprendre l’utilité des bureaux.
Peut-être y a-t-il trop d’élus, il y a en tout cas des services qui se superposent et de l’efficacité qui se dilue, du temps de décision qui est trop long.
Mais la nécessité la plus forte dans cette réforme est celle de la fiscalité. L’enseignement de l’analyse des comptes administratifs est bien qu’il faut dans ce pays revoir les règles des financements de l’organisation territoriale. Il faut que les citoyens et les élus aient le sentiment que les choix de dépenses puissent être faits dans leur intérêt en ayant conscience de leur impact, de façon à rechercher la plus grande efficacité de leur politique.
Il faut que cesse cette jalousie maladive entre l’Etat et les collectivités locales . II faut aussi que les collectivités locales modèrent leur propension au gonflement des coûts de fonctionnement pour privilégier les investissements judicieux
La très forte progression des coûts de fonctionnement (hors transferts) de notre région mérite d’être jugulée, la relance indispensable aurait mérité plus de dynamisme des dépenses d’équipements, tant attendu dans de nombreux secteurs.

- l’autre facette nationale de l’aménagement du territoire est une réflexion suscitée par la présentation en grandes pompes au début du printemps des projets pour le grand Paris voulue elle aussi par le Président de la République. Bien entendu il est toujours intéressant de voir quels peuvent être les travaux d’écoles qui pourront succéder au fameux plan Voisin qui avait pour ambition dans la lignée d’Alphonse Allais de mettre Paris à la campagne.
Par contre je trouve inquiétant que notre Président s’engage à investir autant d’énergie à développer encore une fois la région parisienne alors qu’une des difficultés de l’aménagement de notre pays est le manque de métropoles d’équilibre , l’hypercentralité de ses activités. Cette hypercentralité est à l’origine de nombreux maux dont l’agression environnementale, le ghettoïsation de la couronne parisienne, le déséquilibre du territoire.
L’aménagement territorial est une affaire de temps, du temps de la journée de chacun d’entre nous. Je crois que nous pouvons être d’accord sur le fait que la qualité de la vie est liée en partie au moindre temps que nous passons dans les transports, et donc aux moindres distances entre l’habitat ( de préférence diversifié), les lieux d’éducation, les lieux de travail , les lieux de loisirs, les lieux d’échanges.

Comment répondre à l’envie de qualité de vie en renforçant encore plus la superficie d’un seul pôle national, nous devons là-dessus regarder les autres aménagements européens, je sais qu’ils n’ont pas la même histoire, mais je veux croire que la France de demain n’est pas vouée au seul développement de la région parisienne et que tous les autres pôles du territoire méritent d’être développés en priorité pour corriger les orientations du passé.

L’aménagement territorial est bien sûr au cœur des dossiers locaux.

Mise en avant de la démographie.
Démographie qui mérite à mes yeux encore plus d’ambition que celle exprimée dans le SRADDT.
Comment se contenter d’une faible progression loin de la moyenne de croissance nationale ?
Le véritable enjeu de notre région est de faire progresser fortement la part des jeunes de 25 à 35 ans, cela mérite une réflexion approfondie.
Dans cet esprit nous soutiendrons votre proposition d’aide aux projets jeunes, elle représente un signe positif vers cette classe d’age, mais elle ne peut suffire.

L’attractivité de notre région pour les jeunes est liée aussi à son accessibilité routière et ferroviaire.

Des progrès importants ont été réalisés, une évolution majeure est en gestation avec le projet de ligne LGV qui représente une véritable mise en valeur des transports collectifs dans notre région. Par la modernisation de certaines lignes, par l’accès facilité avec les régions de l’Ouest.

Pour une partie très importante de la population il existe une attente dans l’amélioration des liaisons vers les ports et vers la mer.
Je regrette que ces axes vers l’Ouest ne soient pas privilégiés dans l’ensemble des schémas.

Je souligne une fois de plus les difficultés affichées dans la chimère du Plan Massif Central.

Le deuxième grand thème que je veux aborder est l’environnement

L’environnement, ce mot si riche qui se décline aussi en écologie ou développement durable. Aucun de ces mots n’a le même sens, mais ils sont perçus par nos concitoyens en ce moment comme très proches, seuls quelques initiés font la différence.

Sous toutes ces formes, cette notion est au cœur de l’attente politique de nos concitoyens. Par la peur des effets du réchauffement climatique, l’angoisse de la fin des énergies fossiles et l’inquiétude de la disparition d’une partie des espèces animales et végétales, le lendemain inspire plus que de craintes que d’espoirs pour le plus grand nombre.

Ces questions sont éminemment politiques et pas seulement sociétales, et elles sont transversales dans les débats politiques. Comment imaginer aujourd’hui une réflexion sur l’organisation de la société qui ne prendrait pas en compte la préservation de la planète pour nos enfants et l’avenir de notre mode de vie ?

Mais comme il y a des sensibilités diverses pour organiser la société, il y a des points de vue différents sur cette question centrale.

Certains professent pour les jours futurs, une régression dans le confort, une décroissance économique. Phénomène que nous vivons en ce moment et qui produit de lourdes pertes d’emplois.

Je fais partie de ceux qui pensent que la transformation du fonctionnement de notre société doit à la fois préserver notre mode de vie et sera génératrice d’une croissance raisonnable par l’adaptation de toutes nos techniques à l’énergie rare, à l’activité sans production de gaz à effet de serre.

L’économie verte est véritablement porteuse de création d’emplois . Elle peut se substituer à la désindustrialisation à condition que vous ayez de véritables ambitions dans ce secteur.
Il nous faut être présent sur la recherche et la production et pas seulement sur l’utilisation des équipements fabriqués par d’autres.

Dans les documents soumis au vote , je relève des orientations intéressantes, toutefois nous avons relevé des désaccords ou des insuffisances, c’est pourquoi avec mon collègue Jean Claude Deschamps, j’ai déposé des amendements sur deux d’entre eux :

1) Dans le SRADDT pour les indicateurs d’aménagement et de développement durable au chapitre du défi climatique et énergétique vous choisissez d’évaluer les activités agricoles durables par la quantité d’exploitation d’agriculture biologique. Ce choix n’est pas judicieux. Je soutiens et je suis très favorable au développement de l’agriculture biologique mais nous devons nous rendre à l’évidence qu’elle ne représente pas le système idéal pour fournir suffisamment de production pour nourrir les habitants de notre pays (je souligne que je ne souhaite pas entendre l’argument qu’il faut nourrir la planète, chaque pays doit se donner les moyens de son autosuffisance et il est de notre responsabilité de les y aider et de les encourager). Les agriculteurs responsables font des recherches pour réduire voir supprimer les intrants, je sais que certains travaillent en Limousin à mettre au point des prairies qui permettent de fournir tous les apports nutritifs aux bovins sans ajouter de protéines extérieures. Ces agriculteurs là sont aussi vertueux sur la durabilité que ceux qui choisissent la voie de la certification biologique, je souhaiterais que nous les prenions en compte dans nos indicateurs.

2) Dans l’agenda 21 je ferai trois propositions :

- dans le paragraphe relatif aux bâtiments scolaires je propose d’ajouter :

a) la volonté de mettre en place des centrales solaires sur les toits des lycées avec utilisation de l’énergie sur place.

b) la prescription de limiter la consommation en énergie des parties d’établissements construits ou entièrement refaits à 50 Kwh/m2/an

- dans le paragraphe dédié aux transports je propose d’ajouter :

la publication de la consommation en carbone de chacun des moyens de transport sur chacun des trajets desservis par le TER, c’est à dire la quantité de CO2 produite par voyage en train électrifié, en train diesel, en autobus, en automobile.

Il s’agit de rendre conscient chacun de nos concitoyens des effets de leur choix de mode de transport sur la production de gaz à effet de serre.

Ces mesures ne sont pas délirantes, mais elles sont destinées à renforcer l’image de pionnier que nous devrions donner dans le respect de notre environnement. Je crois de façon réaliste que nous avons du retard à rattraper, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Donner encore plus d’ambition à la politique régionale, renforcer l’attractivité par l’ouverture, investir pour affirmer notre adaptation au développement durable, respecter les besoins de nos concitoyens pour les rassurer dans ce monde qui change. Telle est la ligne que nous voulons proposer aux limousins.

Commentaires (0)Add Comment
Ecrire un commentaire
 
  Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur
 

busy
RSS 2.0
Atom 1.0
Copyright © 2008, MoDem 87
Animé par Joomla!
XHTML Validation
CSS Validation